Le hors-champ dans Golden Door


Le film raconte l'histoire d'un paysan italien, de sa mère et de ses deux fils en partance pour l'Amérique, leur périple, de la Sicile natale à New York, entre espoirs et désillusions et leur rencontre avec une mystérieuse jeune femme (Charlotte Gainsbourg). Le récit, un peu à la manière d'une pièce de théâtre se déroule en trois actes, chacun dans un décor différent : la Sicile, le voyage en bateau, Ellis Island (la "golden door" du titre, le lieu d'arrivée des immigrants à New York.) S'il se dégage du film un fort sentiment d'étrangeté, c'est en grande partie due à l'atmosphère onirique, presque Fellinienne composée par Emanuele Crialese, son réalisateur mais à l'usage original qu'il fait du hors-champ, notamment dans les actes 2 et 3.
Que ce soit sur paquebot ou à Ellis Island, la caméra reste toujours sur les personnages, aucun plan d'ensemble ne situe le décor dans un environnement plus large. Pire, la mise en scène de Crialese ne ménage aucune ouverture sur le hors-champ. Les fenêtres à Ellis Island ne sont pas transparentes mais étrangement blanches et ne sont pas des trouées vers l'extérieur. A l'intérieur du bateau, il n'y en a pas et sur le pont, la mer qu'on aperçoit derrière les personnages, quand elle n'est pas masquée par le brouillard, donne l'impression d'un aplat et n'offre pas de profondeur au regard. Ce déni permanent du hors-champ donne un fort sentiment de cloisonnement, parfois à la limite de la claustrophobie, qui culmine lors de la séquence de tempête, où les corps, trop nombreux, valdinguent et s'entassent dans une cabine très exiguë. Ce parti pris de mise en scène a, par ailleurs, une autre conséquence : il tend à refermer le récit sur les personnages et négliger l'élan collectif auquel ils prennent part. Le film semble volontairement se priver d'une universalité à laquelle il aurait pu prétendre, préférant raconter une petite histoire en laissant de côté la grande. D'ailleurs, finalement, le spectateur comme la foule d'immigrants ne verra jamais New-York, au contraire du personnage principal, qui, dans une jolie scène à la fin du film, grimpe vers une fenêtre et voit la ville pour nous, accèdant ainsi à un hors-champ que Crialese nous force à imaginer. Il aura fallu attendre cette avant-dernière séquence pour que le film s'ouvre enfin.
Que ce soit sur paquebot ou à Ellis Island, la caméra reste toujours sur les personnages, aucun plan d'ensemble ne situe le décor dans un environnement plus large. Pire, la mise en scène de Crialese ne ménage aucune ouverture sur le hors-champ. Les fenêtres à Ellis Island ne sont pas transparentes mais étrangement blanches et ne sont pas des trouées vers l'extérieur. A l'intérieur du bateau, il n'y en a pas et sur le pont, la mer qu'on aperçoit derrière les personnages, quand elle n'est pas masquée par le brouillard, donne l'impression d'un aplat et n'offre pas de profondeur au regard. Ce déni permanent du hors-champ donne un fort sentiment de cloisonnement, parfois à la limite de la claustrophobie, qui culmine lors de la séquence de tempête, où les corps, trop nombreux, valdinguent et s'entassent dans une cabine très exiguë. Ce parti pris de mise en scène a, par ailleurs, une autre conséquence : il tend à refermer le récit sur les personnages et négliger l'élan collectif auquel ils prennent part. Le film semble volontairement se priver d'une universalité à laquelle il aurait pu prétendre, préférant raconter une petite histoire en laissant de côté la grande. D'ailleurs, finalement, le spectateur comme la foule d'immigrants ne verra jamais New-York, au contraire du personnage principal, qui, dans une jolie scène à la fin du film, grimpe vers une fenêtre et voit la ville pour nous, accèdant ainsi à un hors-champ que Crialese nous force à imaginer. Il aura fallu attendre cette avant-dernière séquence pour que le film s'ouvre enfin.
On peut également parler d'un autre hors-champ, que j'appellerais hors-champ narratif, par opposition au hors-champ spatial dont je viens de parler, et qui contiendrait tous les évènements qui ne sont pas contenu dans la diégèse (l'espace-temps principal) du film. Des informations, qui, d'habitude inondent le présent du film pour aider le scénario à se développer dans le temps filmique. Par exemple, dans Casablanca, la scène entre Rick et Ilsa à Paris se situerait dans le hors-champ narratif de leur histoire à Casablanca et aide à comprendre leur relation. Outre le flash-back, une simple réplique peut y faire allusion (le fameux "I am your father" de Dark Vador dans l'empire contre-attaque crée un hors-champ que George Lucas, des années plus tard, mettra trois films à combler.) La particularité de Golden Door est de ne jamais s'ouvrir sur ce hors-champ, laissant les personnages, dans une sorte de flou identitaire, notamment celui interprété par Charlotte Gainsbourg. Cette dernière traverse le film sans qu'on sache jamais qui elle est vraiment et d'où elle vient. Au point de perturber la narration. Et surtout, de fait, l'ensemble des protagonistes se trouve privé d'un poids social ou historique qui, encore une fois, aurait sans doute donné plus d'ampleur au film.
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